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Egypte : le dur quotidien de filles guinéennes soumises à l’esclavage au Caire…

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CAIRE-Ce sont des témoignages à vous donner la chair de poule ! Des nombreuses filles guinéennes sont rendues esclaves en Egypte. Trompées depuis la Guinée par des trafiquants obnubilés par l’appât du gain facile, ces filles ont quitté le pays dans l’espoir de trouver un travail bien rémunéré. Des hommes, des femmes sont impliqués dans ce trafic, selon les témoignages que nous avons recueillis auprès des victimes.

Ce business a pris une allure inquiétante en Guinée sans que les autorités ne fassent des efforts pour démanteler les réseaux. Au Caire, il est fréquent de croiser des filles guinéennes qui ne savent plus comment sortir de ce piège sans fin. Privées de documents de voyages, sans repères, certaines tombent dans la prostitution. L’espoir qu’elles nourrissaient d’avoir une vie meilleure s’est transformé en enfers. Plusieurs d’entre elles meurent dans le dénuement total. La liste des victimes est longue. Bountou Keita, Mariam Kourouma, Fatoumata Bangoura, Aissata Koumbassa, Moussoukoro Fofana et Mariama Bangoura, sont mortes récemment en Egypte dans des circonstances qui ne sont pas bien élucidées. Bloquées au Caire, F. S et M.B nous ont livré des témoignages pathétiques. Elles lancent un appel de détresse aux autorités guinéennes.

F. Soumah 29 ans vit en Egypte depuis 3 ans maintenant. Elle qui pensait trouver le bonheur en Egypte a vu son rêve brisé. Avant d’aller en Egypte, elle tressait dans son quartier pour contribuer au quotidien familial. Choisi par la famille pour partir, elle regrette pourquoi elle a quitté la Guinée. Soufflant le chaud et le froid, cette fille vit aujourd’hui au quartier Fayçal sans titre de séjour. Elle explique son calvaire.

« Je suis arrivée en Egypte en 2015 par le biais d’une femme qui avait donné l’impression qu’elle avait des travaux pour femme ici mais que c’est la main d’œuvre qui lui manquait. Elle a dit qu’elle préfère envoyer des guinéennes. Ce n’est pas à moi qu’elle avait expliqué la situation. C’est à une tante avec d’autres femmes dans un salon de beauté à Conakry. Vous savez bien, quand les gens se cherchent dans une famille et qu’ils entendent qu’un travail rentable se trouve quelque part, on ne passe pas par mille chemins pour s’engager. C’est ma tante même qui voulait partir tellement que la trafiquante a été convaincante. Ella a assuré que qu’elle prenait tous les frais du voyage en charge, mais remboursable après. À la fin, elle a fait comprendre à ma tante que ce sont les jeunes filles qui l’intéressent.

Ma tante a proposé ma grande sœur qui a fini les études pour partir. La dame a dit clairement que c’est de la charité et que son aide c’est à l’endroit des filles qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. C’est comme ça que le choix est tombé sur moi. C’est en Egypte que j’ai compris pourquoi elle a insisté sur les filles analphabètes. C’est parce qu’elles sont les plus faciles à tromper partout. Tous mes documents ont été réglés dans l’intervalle d’une semaine. La famille était très contente de savoir que je vais en Europe pour la sortir de la misère. Tout le monde a gardé le secret en famille pour ne pas que certains jaloux cassent notre chance. Tout a été bien préparé. J’ai quitté la Guinée vers la fin de l’année. Parce que quelques jours après mon arrivée en Egypte nous étions déjà en 2016.

Dès que je suis arrivée, c’est un homme qui m’a accueilli à l’aéroport. Il avait déjà mes photos dans son téléphone. Dès qu’il m’a aperçu, il m’a parlé en bon soussou en ces termes : tu dois te comporter comme étant ma femme jusqu’à ce qu’on quitte ici sinon on te retourne au pays. J’ai fait le jeu, une fois dehors, un taxi nous attendait avec à bord une femme et le chauffeur. Le gars me dit de m’embarquer. Lui s’est retourné là. Je me suis rendue compte que sa mission est finie. La femme qui était dedans m’a salué froidement. Elle me dit que celle qui t’a envoyé, c’est ma sœur sans me laisser le temps de parler, elle rajoute que là où on t’envoie ce n’est pas pour jouer, mais pour travailler sinon tu risques d’être renvoyée. A notre tour, on t’envoie en prison et ta famille en Guinée sera aussi arrêtée pour non-respect des engagements. Donc c’est à toi de voir. Le lendemain, on m’a conduit tôt chez une femme égyptienne qui vit avec ses 4 enfants et son mari qui travaille ailleurs mais qui rentre les week-ends. Je ne comprenais rien dans leur langue, elle a décliné tout ce que je dois faire. La femme qui m’a envoyé m’a expliqué très bien en me disant : tu ne demandes rien, ton rôle c’est d’obéir. Avant de partir, elle revient quelques minutes après pour me demander mon passeport, ma carte d’identité, elle fouille mon petit sac pour prendre l’agenda où j’avais gardé quelques numéros de téléphone. Parce qu’en venant on m’avait dit de laisser mon téléphone en Guinée. J’ai travaillé longtemps sans rien recevoir. Je ne savais même pas combien je suis payée et je n’avais aucun contact avec ma famille.

L’égyptienne hurlait sur moi lorsqu’elle me parlait sans que je ne comprenne. Ses enfants étaient insupportables, son mari ne m’a jamais adressé la parole. Si un travail est mal fait, il fait des reproches à sa femme qui revient me harceler. J’ai supporté ça difficilement. Il a fallu 4 mois avant que je ne retrouve la femme qui m’avait conduit au travail. Elle m’a envoyé dans une autre maison où il y avait d’autres filles. Nous étions là en guise de congé chez elle. Mais elle-même n’y passe pas la nuit. Elle m’a encouragé de continuer le travail en me rassurant que bientôt je vais travailler pour moi-même parce qu’il reste juste 8 mois pour pouvoir rembourser tout. C’est là que j’ai compris que je suis réduite en esclave.

Après un an, j’ai commencé à percevoir un salaire à hauteur de 3200 pounds (200 dollars) et mes documents de voyage m’ont été rendus. C’est un montant que je ne recevais pas directement c’est toujours la dame qui me le donnait. Finalement je me suis rendue compte que c’est autour de 350 dollars que je suis payée. Enfin comme j’ai commencé à voir d’autres guinéennes, j’ai décidé d’arrêter le travail pour chercher un emploi que je vais négocier directement. Ça n’a pas marché comme je le pensais. J’ai compris qu’il faut toujours une garantie derrière pour qu’on t’accepte. Ça été un moment difficile pour moi. Aujourd’hui je regrette pourquoi je suis là, ce que je gagne ne me suffit pas et ce que j’envoie à la famille est insuffisant, maintenant j’ai honte de rentrer.

Avant je tressais des gens dans mon quartier pour gagner un peu sans souffrir. Maintenant ici même circuler parfois c’est difficile si on te prend c’est directement à la prison faute de papiers. Beaucoup sont mortes ici faute d’argent pour se soigner parce qu’elles travaillent dur sans rémunération. L’Etat guinéen doit se lever pour casser tout ça », a raconté cette guinéenne croisée dans un quartier en Egypte.

N.B 33 ans qui était couturière en Guinée habite à Marg. Elle fait des travaux ménagers dans une famille à Ramsès. Expliquant le calvaire des filles guinéennes en Egypte, cette femme révèle que de hautes personnalités guinéennes sont impliquées dans ce sale boulot.

« Aujourd’hui c’est compliqué de mettre fin à ce phénomène. Imaginez au début ils étaient peu dans les réseaux de trafic humains, mais maintenant ils sont innombrables. Ceux qui envoyaient les filles avant étaient dans un cercle restreint. Les filles qui sont envoyées ont compris le réseau, elles aussi après avoir fini d’honorer le contrat avec leurs convoyeurs, elles n’ont plus le souci de travailler dans un ménage, mais elles forment aussi leur réseau pour envoyer d’autres filles. Finalement tout le monde est devenu convoyeurs. Les victimes d’hier sont devenues les bourreaux d’aujourd’hui. Chacun cherche à faire passer d’autres par le même chemin. Ce qui est déplorable, l’information circule peu au pays sur ces réseaux. C’est pourquoi c’est difficile d’y mettre fin. Ce que nous avons compris aussi, c’est qu’il y a beaucoup de personnalités guinéennes qui vivent de cette affaire. C’est pourquoi les choses ne bougent pas pour démanteler les réseaux. Ceux qui se partagent le fruit de ce trafic sont pleins au pays.

L’Etat guinéen doit s’intéresser aux gens qui sont en Guinée qui ont tout, mais ne font aucun travail connu. Ce sont eux les vrais cerveaux. Nous sommes bloqués ici. Si tu ne trouves pas de travail, tu es obligée de t’approcher de quelqu’un qui te donne à manger et ce n’est pas gratuit. C’est ton corps contre la nourriture ou l’argent. Beaucoup sont malades parmi nous aujourd’hui, sans savoir réellement de quoi elles souffrent. Moi j’ai perdu deux copines dans cette situation elles sont enterrées ici, nous aussi attendons notre mort à tout moment.

C’est une honte pour nous cette exploitation entre guinéens. Les hommes sont dans le réseau mais les femmes sont les plus nombreuses. Si tu les dénonces à visage découvert ils risquent de te tuer pour protéger leur business. Nous en venant, on se cachait des gens qui nous disaient la vérité. C’est une fois ici que nous avons compris qu’ils n’étaient pas contre nous mais ils étaient juste soucieux de notre sort. Le conseil des guinéens d’Egypte et l’Ambassade aident certains mais c’est 3 cas sur 100 parce qu’ils ne sont pas informés au préalable de l’arrivée des filles. C’est seulement le convoyeur et la candidate qui sont au courant du deal», explique N.B.

 

 

 

Africaguinee.com, 28 août 2019.

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